La recherche : l’équilibre vital entre innovation ciblée et liberté scientifique
Entretien avec Frédéric Grillot, enseignant-chercheur au Laboratoire de Traitement et Communication de l’Information (LTCI) de Télécom Paris, équipe GTO (Télécommunications Optiques), janvier 2026
Parmi les plus grandes révolutions scientifiques, beaucoup sont nées du hasard : la pénicilline, le four à micro-ondes, le laser, le wifi, le transistor…
Soutenir une recherche fondamentale sans finalité immédiate est essentiel pour que se produisent des ruptures scientifiques majeures.
Frédéric Grillot nous invite à trouver cet équilibre entre recherche appliquée et recherche fondamentale, ouverte à l’inattendu.
La recherche scientifique française repose sur deux piliers indissociables : d’un côté, une recherche orientée, financée par projets pour répondre aux grands enjeux sociétaux et rester compétitive à l’international ; de l’autre, une recherche fondamentale, libre et ouverte à l’inattendu, souvent à l’origine des plus grandes révolutions technologiques. Frédéric Grillot, enseignant-chercheur à Télécom Paris, rappelle avec force l’importance de préserver cet équilibre, sans lequel la France risquerait de perdre sa souveraineté technologique et sa capacité à innover.
Propos recueillis par Isabelle Mauriac
Une recherche par projets, nécessaire mais insuffisante
La recherche par projets, ciblée sur des domaines stratégiques comme l’intelligence artificielle, le quantique, l’énergie ou l’environnement, est essentielle. Elle permet à la France de se positionner dans la compétition internationale et de répondre aux besoins immédiats de la société. Cependant, comme le souligne Frédéric Grillot, cette approche ne suffit pas : « Si l’on ne finance que de la recherche orientée, on altère la recherche fondamentale, celle qui conduit à des découvertes de rupture. »
La recherche fondamentale, terreau des innovations majeures
L’histoire des sciences compte de nombreux exemples de découvertes majeures nées du hasard ou de la curiosité scientifique, et non d’une feuille de route préétablie. Le laser, aujourd’hui omniprésent dans notre quotidien (scanners, médecine, télécommunications), est le fruit d’une succession d’avancées théoriques initiées par Max Planck et Einstein, bien avant que Theodore Maiman ne le concrétise en 1960.
Le transistor, cœur de la microélectronique moderne, a été découvert par hasard aux Bell Labs, alors que les chercheurs étudiaient les propriétés des semi-conducteurs. Le wifi, technologie indispensable, trouve ses origines dans des recherches en radioastronomie sur les trous noirs. La pénicilline, antibiotique révolutionnaire, a été découverte par Fleming après l’observation fortuite d’une moisissure dans une boîte de Pétri. Quant au four à micro-ondes, il est né de l’observation inattendue de la fonte d’une barre de chocolat près d’un magnétron.
Un équilibre à préserver pour l’avenir
Ces exemples illustrent un principe fondamental : les plus grandes avancées scientifiques ne sont pas toujours le résultat d’une recherche ciblée, mais souvent celui d’une exploration libre et ouverte. Frédéric Grillot insiste : « Il faut maintenir les projets blancs, qui alimentent la recherche fondamentale. Celle-ci est vitale pour conserver notre souveraineté technologique et notre capacité à innover sur le long terme. »
En conclusion, la France doit continuer à investir dans une recherche à double vitesse : une recherche appliquée, pour répondre aux défis actuels, et une recherche fondamentale, pour préparer les révolutions de demain. C’est ce fragile équilibre qui permettra de transformer le hasard en opportunité, et la curiosité en progrès.
Synthèse réalisée avec Mistral AI
Vidéo

Vidéo Michel Desnoues, Télécom Paris
