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Les plateformes musicales, dénicheuses de nouveaux talents ? (L'Éclaireur)

Plusieurs plateformes ont récemment développé, par leurs algorithmes, des services musicaux destinés à mettre en avant les talents émergents. Un usage qui interroge le fonctionnement de ces nouvelles technologies, ainsi que l’évolution des plateformes et leur rôle dans l’industrie musicale. […]

Origines et fonctionnement des algorithmes de recommandation

[…] Le premier service audio à avoir mis en place un tel système d’analyse algorithmique est Pandora. C’est ce qu’explique Geoffroy Peeters, professeur à Télécom Paris : « Pandora avait des annotateurs qui ont analysé chaque morceau de musique selon 400 critères extrêmement fins et pertinents pour décrire la musique faite à la main. » Après quoi de nombreux acteurs qui travaillent dans le Retrait d’information musicale ont développé des algorithmes qui permettent d’analyser le contenu d’un morceau et d’en extraire ses caractéristiques. Ce système permet aux plateformes musicales d’établir un catalogue et de recommander du contenu à chaque auditeur en fonction de critères acoustiques.

[…] S’ajoute aussi une dose de surprise, notamment grâce aux playlists, un modèle largement adopté par Pandora, Spotify ou encore Deezer. « Les plateformes se sont rapidement rendu compte que les gens écoutent principalement des playlists. Là où Spotify et Deezer proposaient en écoute illimitée 60 millions de titres, ils sont rapidement revenus à un système de radio – à l’image de Pandora – en proposant davantage de playlists créées automatiquement, à partir de recommandations », explique Geoffroy Peeters.

L’évolution des plateformes musicales

Ce système de playlists est l’un des premiers marqueurs de l’évolution des plateformes musicales. Mais ces dernières sont allées plus loin, concernant les artistes émergents, souvent placés en fin de liste et donc rarement mis en avant. Des systèmes de recommandations suggèrent ainsi des titres afin de résoudre le problème de la distribution statistique. Geoffroy Peeters détaille : « Bien que 60 millions de titres soient potentiellement écoutables sur Spotify et Deezer, les utilisateurs vont finalement se concentrer sur plus ou moins 1 000 titres. Ainsi, pour permettre la mise en évidence de titres qui ne sont jamais écoutés, on va proposer aux utilisateurs un titre similaire à ceux écoutés en termes de caractéristiques vocales, placés en fin de playlist. On va pouvoir, à partir du contenu, le remettre en avant et le reproposer à l’utilisateur. C’est vraiment la motivation principale des plateformes. » […]

Spotify, quant à lui, est devenu un véritable créateur de contenu. « Spotify est devenu le canal de transmission privilégié des artistes, note Geoffroy Peeters. La plateforme est allée plus loin, en devenant une créatrice de contenu avec les services Spotify Artists, Spotify Podcasts et Spotify Soundtrack. C’est un studio d’enregistrement virtuel dans lequel l’artiste va créer la musique lui-même en utilisant des outils Spotify. Puis, il va directement signer et distribuer sa musique par le biais de la plateforme, et être mis en relation avec son public. » […]

Les nouvelles technologies et les algorithmes des plateformes : une concurrence pour les maisons de disques ?

[…] Les maisons de disques possèdent un levier important en termes de visibilité, de négociations et de droits d’auteur. Elles ont toujours discuté avec les plateformes, et tant qu’un réel mouvement d’artistes qui s’autoproduit n’émerge pas, ou que les plateformes ne proposent pas une réelle alternative de marché, la création de ces algorithmes ne semble pas empiéter sur la marge de manœuvre des majors et des labels. Un point de vue que partage Geoffroy Peeters, pour qui les deux systèmes sont amenés à cohabiter : « Les majors ne sont pas du tout dans les technologies et l’intelligence artificielle. Je pense donc que ça peut être complémentaire et je ne sais pas si ces algorithmes de recherche vont réellement les remplacer. Je vois assez mal quelqu’un ayant une tradition plus ancienne de la musique bénéficier de ce genre de technique. Donc les deux vont forcément coexister. »

Pour autant, le professeur n’ignore pas la question du court-circuitage intentionnel par les plateformes comme Spotify, grâce à ces nouveaux outils de détection et de création. Il est vrai que signer dans une maison de disques peut être un frein à la créativité, étant donné que les majors ne sont ouvertes qu’aux talents reconnus. Dans ce cas, les services des plateformes et l’arrivée de nouveaux algorithmes pour mettre en avant des artistes moins connus apparaissent comme une solution rêvée pour ces derniers. […]

Image d’entête Source Pvprod/Freepik