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IA et souveraineté numérique

Webinar ACPR visuel général V1

Nos intervenants :

nous ont expliqué le 25 septembre 2023 en quoi consiste ce défi de la souveraineté numérique et ont apporté leurs perspectives sur ce sujet riche et transverse.

David Bounie, professeur d’économie à Télécom Paris, a ouvert le webinaire en présentant le concept de souveraineté :

La souveraineté, définie comme synonyme d’indépendance et d’autonomie sur le plan géopolitique, se présente différemment pour les entreprises. Dans un contexte opérationnel, l’indépendance totale est impossible, car les entreprises fonctionnent dans un environnement international et industrialisé. L’interdépendance conduit à des rapports de force, positifs ou négatifs (dépendance subie), de nature opérationnelle, économique ou juridique.

Pour échapper à cette dépendance subie, plusieurs éléments sont cruciaux :

1) l’importance du matériel (hardware),

2) la cybersécurité des données et des systèmes, notamment dans un monde post-quantique,

3) l’appui sur des technologies pouvant inverser les rapports de force, comme la 5G ou 6G ainsi que la révolution quantique, pour créer un espace numérique sécurisé,

4) l’avènement d’une IA hybride et explicable,

5) le travail en écosystème à une échelle supérieure (européenne),

6) le soutien des pouvoirs publics dans leur rôle de régulateur, investisseur et prescripteur,

7) la capitalisation de la recherche pour l’innovation, à l’image des géants du numérique.

Le reste du webinaire se présentait sous forme de table ronde modérée par Olivier Fliche, directeur du pôle Fintech-Innovation de l’ACPR/Banque de France et David Bounie. Les paragraphes ci-dessous résument les prises de paroles de chacun des invités.

Marc Révol, Directeur de projets IA, Direction Générale des Entreprises (DGE)

L’intervention de M. Révol s’est concentrée sur la stratégie nationale en intelligence artificielle (IA) de la France. Initialement élaborée dans le rapport Villani, la première phase de la stratégie visait à structurer la recherche sur l’IA sur une période de 3/4 ans, avec des actions telles que la création d’instituts interdisciplinaires 3IA et le supercalculateur Jean Zay. Depuis 2021, l’accent est mis sur la diffusion de ces avancées vers l’économie pour renforcer la compétitivité des entreprises françaises.

La souveraineté est définie comme la maîtrise technologique, avec une approche défensive de régulation. L’objectif n’est pas de reproduire un Google, mais de devenir leader dans des domaines spécifiques, comme l’IA générative, pour protéger les modèles culturels français. Des mesures concrètes incluent la création de bases de données communes européennes et francophones, l’investissement dans les supercalculateurs, le développement de talents et la création d’un écosystème d’entreprises robuste.

En septembre 2023, la première ministre annonçait la création d’un Comité interministériel stratégique sur l’IA générative, soutenu par la puissance publique, qui réunit des experts pour proposer des pistes concrètes dans des domaines tels que l’offre souveraine, la régulation, le lien avec la culture, et les impacts macroéconomiques.

M. Révol a également abordé des questions telles que l’intérêt de l’open source pour incarner les valeurs européennes et capter des talents sur le sol français, ainsi que la position française sur le futur règlement IA. Cette dernière consiste à insister sur la mise en place d’une réglementation axée sur les usages plutôt que sur une technologie spécifique, pour préserver l’innovation et éviter les lourdeurs administratives.

Jean-Paul Mazoyer, président du Conseil du Groupement des Cartes Bancaires (CB)

M. Mazoyer a présenté la vocation du Groupement GIE Cartes Bancaires dans l’animation, la sécurisation et le développement des paiements par carte. Il explique également l’utilisation croissante de l’IA dans l’analyse des transactions, principalement pour la détection des fraudes et pour identifier les besoins d’authentification renforcée pour certaines transactions. L’IA est également employée dans la réconciliation automatique autour des paiements. CB utilise cette technologie depuis déjà longtemps et prévoit d’optimiser davantage son utilisation dans les années à venir.

Notre intervenant a également souligné le rôle du système de paiement CB pour préserver la souveraineté européenne. Le Groupement CB résiste face à Visa et Mastercard, soulignant l’importance de la souveraineté des paiements à l’échelle nationale et européenne. Historiquement, la France est leader dans les technologies de la carte à puce en ayant introduit par exemple le premier code PIN. La numérisation des paiements par carte représente 50% des transactions en France, avec CB concentrant 95% des paiements. L’échec d’un GIE CB européen a également été mentionné. Cependant, l’initiative européenne WERO, un système de wallet, a été évoquée pour concurrencer des systèmes américains comme Paypal et faciliter les paiements transfrontaliers.

En ce qui concerne l’IA générative, les grandes banques ont d’abord restreint l’accès à des modèles comme ChatGPT en raison des nombreux risques identifiés. Désormais, elles se questionnent sur les usages potentiels de cette technologie.

Bruno Sportisse, Directeur général de l’INRIA

L’INRIA, créé dans les années 60, est un organisme national de recherche dédié au numérique. Il regroupe 4000 scientifiques et ingénieurs travaillant sur 220 projets, dont 2/3 sont liés à l’IA. L’INRIA contribue à la stratégie nationale en soutenant par exemple le ministère du Travail avec le projet LaborIA ou encore le régulateur numérique.

Pour une souveraineté numérique française et européenne, M. Sportisse met l’accent sur l’enjeu de maîtriser les systèmes d’infrastructure et de développer des écosystèmes de talents et de startups. Selon lui, pour rester compétitif au niveau international, il est crucial d’aligner les capitaux publics et privés, d’évaluer les projets technologiques innovants, et de bien planifier les infrastructures logicielles. Il souligne également l’importance de l’open source, en mentionnant comme exemple la librairie scikit-learn développée par l’INRIA. Il mentionne également que l’IA ne se limite pas à la génération d’IA, mais englobe un large éventail de technologies, comme par exemple le chiffrement homomorphe et bien d’autres.

M. Sportisse met en avant le rôle clé de l’IA de confiance, en indiquant qu’il existe plus d’une dizaine d’années de recherche française spécifiquement axée sur ce sujet. Il souligne enfin la nécessité d’une mobilité entre le secteur public et privé, encourageant les structures conjointes entre les entreprises et la recherche. Il insiste sur le fait que prendre le risque de travailler avec la recherche publique est essentiel pour rivaliser avec d’autres grandes puissances internationales, et que l’État doit faciliter ce chemin.

André Loesekrug-Pietri, président de la Joint European Disruptive Initiative (JEDI)

M. Loesekrug-Pietri souligne que la France n’est actuellement pas en position dominante pour créer des géants mondiaux révolutionnant le secteur économique. Il met en avant le rôle de JEDI pour soutenir l’essor des technologies européennes qui seront des éléments différenciants à l’avenir. Pour cela, JEDI vise à soutenir et financer l’innovation de rupture, en brisant les silos entre recherche, start-up et entreprises.

L’intervenant a également abordé la question de l’impact de l’IA sur la recherche et la science. Il a souligné comment l’IA révolutionne la manière dont on pose des hypothèses, et la façon de les tester. Par exemple, en résolvant le problème du pliage des protéines, l’IA permet de tester des médicaments de manière plus rapide. La modélisation du plasma est également rendue possible grâce à l’IA.

Ensuite, M. Loesekrug-Pietri suggère de remplacer le terme “souveraineté” par « leadership ». Selon lui, la vraie question est de reprendre l’avantage, avec un rôle défini pour l’État consistant à donner une direction et à établir des priorités. L’intervenant relève l’importance du choix et du renforcement de la capacité technologique. Il a identifié des sujets clés tels que le hardware, en mentionnant l’exemple de potentielles “Language Processing Units” (LPU) faites pour les modèles de langage.

Il conclut sur la nécessité d’accélérer l’expérimentation et l’innovation rapide.
Enfin, il mentionne que les prochaines élections européennes donnent l’opportunité de redorer l’image de l’Ia pour le grand public, en démontrant son rôle d’atout pour la protection de la démocratie contre les fake news.

 

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Lundi IA et souveraineté numérique 25/9/2023 (vidéo)