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Fonctionnement, implantation, santé : que sait-on sur la 5G ? (AFP)

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Laura Draetta & Joe Wiart

La 5G, ou cinquième génération de communications mobiles, est régulièrement accusée, sur les réseaux sociaux, d’être néfaste pour l’homme, dangereuse pour sa santé voire une arme « tueuse », et nombre d’internautes affirment alerter sur ses dangers. Mais cette technologie de communication reposant sur la diffusion d’ondes électromagnétiques ne diffère pas grandement des précédentes générations de communications mobiles, telles que la 4G, surtout au stade actuel de son déploiement en France. […]

Y a-t-il un lien de causalité avéré entre les ondes électromagnétiques et la survenue de cancers ?

Joe Wiart, professeur à Télécom Paris, titulaire de la chaire C2M (caractérisation, modélisation et maîtrise des ondes électromagnétiques), détaille, à propos des seuils d’exposition : « L’ICNIRP établit des niveaux à partir d’études menées sur le sujet et établit ensuite une marge. Par exemple : au delà de tel niveau, je commence à avoir des effets qui peuvent induire un effet sanitaire. Et si je poursuis un peu plus, un effet délétère. Pour éviter ces niveaux, on prend une marge de sécurité qui est de 50 ou de 10 suivant les zones, suivant les organes. »

« Aujourd’hui, l’ensemble des analyses scientifiques qui ont été menées n’ont réussi à démontrer que l’existence des effets thermiques [des ondes électromagnétiques, NDLR]. On peut toujours dire : ‘Peut-être que d’autres effets que les effets thermiques existent’ : c’est pour ça qu’on continue les recherches. On ne peut pas dire : ‘Non ça n’existe pas » mais seulement : ‘On ne les a pas mis en évidence’« , poursuit l’expert. […]

Pourquoi la 5G suscite-t-elle autant de défiance ?

[…] Pour Laura Draetta, chercheure en sociologie environnementale au laboratoire i3 du CNRS et maître de conférences à Télécom Paris, co-auteure du rapport d’expertise collective de l’ANSES sur « l’exposition aux champs électromagnétiques liée au déploiement de la technologie 5G », « la 5G relance le débat sur la nocivité des ondes électromagnétiques déjà en cours lors du déploiement des générations précédentes de communication mobile « .

« La 5G est un assemblage d’évolutions technologiques impliquant de nouvelles antennes, de nouveaux sites et supports, de nouvelles bandes de fréquence (autour de 3,5 GHz et de 26 GHz) qui viennent s’ajouter à celles déjà utilisées pour la 4G, de nouveaux téléphones mobiles, de nouveaux objets connectés et de nouveaux usages. C’est ce système technologique complexe qui suscite des craintes et des inquiétudes pour les multiples risques qu’il pourrait générer à la fois sur le plan sanitaire, environnemental et sécuritaire« , analyse la spécialiste.

Laura Draetta distingue en effet trois « particularités majeures » dans les craintes autour de la 5G. D’abord, une « diversité inédite de formes de mobilisations individuelles et collectives à son encontre » : appels de scientifiques, actions en justice de la part d’associations environnementales, initiatives populaires en ligne, actes de sabotage contre les antennes-relais…

La chercheure en sociologie environnementale pointe aussi « l’émergence d’un débat sur les effets écologiques« , qui met l’accent sur des problématiques de consommation d’énergie et de remplacement des terminaux et infrastructures obsolescents, ce qui entraîne « l’exploitation de ressources naturelles et la production de déchets« .

Enfin, elle distingue une « contestation pluridimensionnelle qui dépasse la critique du système technique lui-même et englobe la dénonciation du processus de prise de décision, notamment d’un déploiement lancé en l’absence de consultation citoyenne et sans attendre les résultats de l’évaluation des risques confiée à l’ANSES. »

Selon Laura Draetta, les inquiétudes autour de la 5G ne sont donc « pas vraiment suscitées par l’invisibilité de cette technologie (qui est bien visible avec ses nouvelles antennes et ses nouveaux terminaux mobiles) » mais par « la métacontroverse autour de la nocivité des ondes ou champs électromagnétiques, dont elle représente une ultérieure étape après celles des antennes-relais ‘pré-5G’, du wifi et des compteurs Linky. »

Pour la sociologue, la question de la pertinence de cette technologie dans une société déjà ultra-connectée explique aussi « en grande partie » la défiance qu’elle peut susciter, « la question récurrente étant : pourquoi déployer la 5G alors qu’il y a encore en France des zones qui ne sont pas couvertes par la 4G ? J’ai aussi l’impression que les raisons du déploiement de la 5G ne sont ni comprises ni partagées par le grand public. Il ne s’agit pas d’un déficit de connaissance de sa part mais d’un surplus de communication de la part des promoteurs industriels et institutionnels qui construisent leur récit sur des promesses autour de nouveaux usages dont les bénéfices pour le grand public restent limités. »

« [La 5G] est souvent présentée – autant par ses défenseurs que par ses opposants – comme une étape vers un programme plus vaste de numérisation généralisée de la société. Ainsi, avec cette controverse, c’est la société du tout numérique qui est en cause, avec tout ce qu’elle implique (en termes de cumul d’expositions aux champs électromagnétiques, de consommations énergétiques accrues par la multiplication des usages, mais aussi, selon certains, de surveillance généralisée)« , conclut Laura Draetta.