RebrAIn : une neurochirurgie plus précise grâce à l’IA
David Caumartin, diplômé de Télécom Paris, CEO de la start-up RebrAIn, mars 2026
Grâce à l’intelligence artificielle, RebrAIn transforme en profondeur la manière dont les neurochirurgiens ciblent le cerveau pour traiter la maladie de Parkinson et les tremblements essentiels. David Caumartin, CEO de RebrAIn, est diplômé de Télécom Paris, promo 1997. Dans cette interview, il nous raconte l’aventure RebrAIn, ainsi que l’apport de Télécom Paris pour bâtir sa carrière dans la MedTech.

Propos recueillis par Isabelle Mauriac
Podcast
Retrouvez cette interview en format audio dans le cadre des podcasts Télécom Paris Ideas :
Podcast enregistré le 24/11/ 2025 par Michel Desnoues, Télécom Paris
Vidéo

Vidéo Michel Desnoues, Télécom Paris
10 ans de recherches, un modèle inédit
À l’origine de RebrAIn : dix années de recherche académique menées au CHU de Bordeaux, marquées par deux thèses consacrées au perfectionnement des systèmes de ciblage en neurostimulation profonde. L’objectif est clair : améliorer la précision des interventions chez des patients atteints de formes sévères de Parkinson à dominante tremblante ou de tremblements essentiels.
Traditionnellement, la neurochirurgie fonctionnelle s’appuie sur des repères anatomiques tridimensionnels et sur des atlas statistiques du cerveau. Mais chaque cerveau est unique : si les grandes structures sont communes, leur position fonctionnelle varie d’un individu à l’autre, de manière statistiquement imprévisible. C’est précisément là que l’intelligence artificielle entre en scène.
Grâce à la collaboration entre Emmanuel Cuny, professeur en neurochirurgie fonctionnelle à Bordeaux, et Nejib Zemzemi, chercheur en mathématiques appliquée, spécialiste de l’IA supervisée à l’Inria Sud-Ouest, RebrAIn a conçu un modèle inédit :
Les bénéfices de la méthode RebrAIn
La méthode repose sur un apprentissage supervisé, alimenté par des données françaises de patients ayant présenté une amélioration significative après l’opération. Elle s’applique notamment pour l’implantation d’électrodes lors de neurostimulation profonde, invention française issue notamment des travaux pionniers menés au CHU de Grenoble, qui a généré des cohortes rigoureusement documentées, avec des résultats cliniques mesurés et peu d’effets indésirables.
Concrètement, le processus est d’une grande simplicité pour l’utilisateur. Un IRM standard —en séquence T1 avec une résolution d’un millimètre, suffit. L’image est envoyée sur les serveurs sécurisés de RebrAIn, en Europe ou aux États-Unis selon la localisation du client. L’algorithme entre alors en action : il segmente automatiquement les structures cérébrales sur l’IRM, puis il positionne 36 marqueurs morphologiques, comparables à des satellites de géolocalisation. En cinq minutes, la cible optimale est proposée avec une précision millimétrique.
Le bénéfice clinique est majeur. Là où une intervention classique peut durer jusqu’à huit heures, mobiliser une équipe complète et imposer au patient une longue phase éveillée d’électrophysiologie peropératoire [péropératoire : qualifie tout événement se réalisant durant une opération chirurgicale, source wiktionary], l’outil de RebrAIn permet de réduire drastiquement le temps opératoire. Le chirurgien dispose, en amont, d’une cartographie fonctionnelle personnalisée, qu’il fusionne avec les images du bloc pour guider son geste.
À la différence d’approches fondées sur des atlas sophistiqués ou des IRM de diffusion lourdes et coûteuses, la solution est compatible avec n’importe quel système d’IRM standard dans le monde. Une condition essentielle pour un déploiement à grande échelle.
Perspectives de développement des deux côtés de l’Atlantique
Sur le plan réglementaire, un nouveau dispositif médical est actuellement en cours de développement en vue d’une mise sur le marché aux États-Unis et en Europe. Il permettra d’automatiser le service RebrAIn, pour accélérer et standardiser le traitement des images médicales tout en garantissant une validation systématique des résultats par des opérateurs qualifiés.
Côté développement, la start-up a déjà franchi l’Atlantique. Près de 1 000 ciblages ont été réalisés à ce jour, et quinze contrats, commerciaux, scientifiques ou d’essai, ont été signés en Europe et aux États-Unis. Outre-Atlantique, premier marché mondial de la neuromodulation, RebrAIn collabore notamment avec l’université de Virginie, centre historique de la thalamotomie par ultrasons focalisés.
Car l’avenir de la discipline ne se limite pas aux électrodes implantées, les techniques lésionnelles, laser, radiochirurgie, ultrasons thérapeutiques de haute intensité, gagnent du terrain, en particulier aux États-Unis où les patients privilégient les solutions ambulatoires. Dans ces approches, la précision du ciblage est critique : une erreur de quelques millimètres peut être irréversible. L’apport d’une IA personnalisée devient alors déterminant.
Si la maladie de Parkinson et les tremblements essentiels constituent la première indication, soit environ huit millions de patients concernés, RebrAIn vise plus loin.
L’équipe travaille déjà à étendre ses modèles à de nouvelles cibles et à intégrer non plus seulement des points, mais des volumes d’intérêt et des zones à éviter.
De la formation en ingénierie à la medtech
À la tête de cette expansion, David Caumartin apporte trois décennies d’expérience dans l’industrie de la santé. Formé au traitement du signal et à l’imagerie à Télécom Paris, il a débuté chez General Electric avant de poursuivre toute sa carrière dans la MedTech. « Je ne code pas les algorithmes, mais je comprends leur logique », résume-t-il. Cette culture scientifique commune avec les cofondateurs, le professeur en neurochirurgie Emmanuel Cuny et le mathématicien Nejib Zemzemi, nourrit une collaboration fondée sur la confiance et l’exigence méthodologique.
Pour cet ingénieur devenu dirigeant, l’IA n’est ni un slogan ni une abstraction :
À lire aussi : RebrAIn : une IA pour simplifier la chirurgie des malades de Parkinson (Challenges)
