Sécurité des convois de véhicules connectés
Emma Braiteh, doctorante à Télécom Paris et référente cybersécurité de la filière Expertise de Renault Group, mars 2026
![[Ideas] Emma Braiteh](https://www.telecom-paris.fr/wp-content-EvDsK19/uploads/2026/03/ideas-emma-braiteh-220x220.jpg)
C’est le sujet de la thèse de doctorat que conduit Emma Braiteh en lien avec le projet CTM, Cyber Security for Trusted Mobility, piloté par IRT SystemX et dont Renault Group est partenaire. Ses travaux ont déjà été distingués à la fois par des publications dans des conférences et revues de qualité, ainsi qu’en novembre 2025 par le prix du jury du premier Café des Mobilités de l’Union des Transports Publics et Ferroviaires.
Propos recueillis par Isabelle Mauriac
Vidéo
![[Ideas] Convois coopératifs (vidéo)](https://www.telecom-paris.fr/wp-content-EvDsK19/uploads/2026/03/ideas-convois-cooperatifs-video.png)
Vidéo Michel Desnoues, Télécom Paris
Une évolution majeure du secteur automobile
Grâce à une combinaison de capteurs embarqués – radars, caméras et systèmes de localisation – et de logiciels capables d’analyser de nombreuses données en temps réel, les voitures deviennent progressivement capables de comprendre leur environnement et d’adapter leur conduite. Comme l’explique Emma Braiteh, « l’intelligence embarquée repose sur une combinaison de capteurs […] et de logiciels avancés capables d’agréger différents types de données pour prendre la meilleure décision rapidement sur la manœuvre à effectuer ».
À cette intelligence interne s’ajoute une dimension coopérative. Les véhicules peuvent désormais communiquer entre eux et avec certaines infrastructures routières, telles que des unités placées au bord de la route ou les feux de signalisation. Ils échangent par exemple leur position, leur vitesse ou les obstacles détectés sur leur trajet. Cette coopération permet d’élargir considérablement leur perception : « une voiture peut être informée d’un danger plusieurs centaines de mètres plus loin avant même de pouvoir le voir ou le détecter avec ses propres capteurs ». L’objectif est donc de permettre aux véhicules « d’anticiper et d’agir de manière plus sûre et plus fluide ».
Dans ce cadre, « un convoi (…) est simplement un groupe de véhicules qui roulent ensemble pour effectuer un trajet commun ». Ce principe a d’abord été envisagé pour le transport routier de marchandises, notamment pour les camions parcourant de longues distances. Mais il pourrait aussi concerner les véhicules particuliers ou les transports publics, par exemple lorsque plusieurs navettes autonomes se coordonnent pour transporter des passagers.
Convois coopératifs : leurs avantages
Le premier concerne la sécurité routière. Grâce à l’échange continu d’informations, les véhicules peuvent maintenir automatiquement des distances adaptées et réagir collectivement en cas d’imprévu. Emma Braiteh souligne que « cela réduit fortement les risques de collision par l’arrière, qui restent aujourd’hui parmi les accidents les plus fréquents sur route ». Ces systèmes pourraient également améliorer l’efficacité énergétique : lorsque plusieurs véhicules roulent en convoi, l’aérodynamique devient plus favorable et les voitures qui suivent subissent moins de résistance à l’air. Enfin, cette coordination contribue à fluidifier le trafic, car les véhicules peuvent anticiper les ralentissements et adapter leur vitesse de manière collective.
Pour l’instant, ces technologies restent largement au stade de la recherche. Les travaux reposent souvent sur des simulations informatiques qui permettent de tester les mécanismes de coordination entre véhicules.
La cybersécurité : un enjeu central de ces recherches
Les décisions de conduite reposant en partie sur les données échangées entre véhicules, il est essentiel que ces informations soient fiables. « Si elles sont erronées ou falsifiées, on peut rapidement se retrouver dans une situation dangereuse », explique Emma Braiteh. Une attaque informatique pourrait par exemple envoyer de fausses informations et perturber le fonctionnement du convoi.
Pour répondre à ce problème, la chercheuse a conçu un protocole de communication spécifique appelé PLATOS. Son objectif est de :
… permettre aux véhicules de « négocier intelligemment toutes les opérations essentielles à la vie du convoi »…
… comme l’arrivée d’un nouveau véhicule, le départ d’un membre ou la gestion des manœuvres collectives. Le protocole permet également de détecter les comportements suspects et d’empêcher l’entrée de véhicules malveillants.
La sécurisation repose sur plusieurs mécanismes complémentaires. Chaque véhicule doit d’abord être authentifié par une autorité de confiance afin de vérifier son identité numérique. Ensuite, les messages échangés sont analysés pour « vérifier leur structure, leur contenu et leur cohérence avec la situation sur la route ». Les données sont également comparées avec celles provenant des capteurs ou des autres véhicules, afin d’évaluer leur cohérence . À partir de ces analyses, un niveau de confiance est attribué à chaque voiture, qui peut être considérée comme fiable, suspecte ou non fiable.
Perspectives : crypto post-quantique, optimisation des interactions
Les travaux intègrent également des techniques de cryptographie post-quantique, conçues pour résister aux futures capacités de calcul des ordinateurs quantiques. Comme le rappelle Emma Braiteh, ces derniers pourraient un jour « briser en quelques minutes des systèmes cryptographiques qui exigent aujourd’hui des milliers d’années de calcul ». Dans cette approche, les véhicules d’un convoi partagent une clé de groupe qui sert à créer une preuve d’intégrité et à chiffrer certains champs dans les communications. Seules les voitures reconnues comme fiables peuvent reconstruire cette clé et participer aux échanges.
Enfin, ces recherches ne se limitent pas aux convois. Elles pourraient être étendues à des interactions plus ponctuelles entre véhicules, par exemple lorsqu’une voiture souhaite changer de voie et avertit les véhicules autour d’elle afin qu’ils adaptent leur comportement. L’objectif final est de permettre une circulation plus coopérative, où les véhicules peuvent « cohabiter de manière harmonieuse et sécurisée ».
