5G : Derrière la révolution technologique, l’urgence écologique
Philippe Ciblat et Marceau Coupechoux, professeurs à Télécom Paris, avril 2026
Philippe Ciblat, de l’équipe Signal, Statistique et Apprentissage et coordinateur du cours TSE 101, et Marceau Coupechoux, de l’équipe Réseaux, Mobilité et Services, ont mené, avec d’autres collègues universitaires, une étude intitulée Effets environnementaux de la 5G, dans le cadre d’Eco-Info (une structure du CNRS qui s’intéresse aux impacts environnementaux et sociétaux du numérique).
Propos recueillis par Isabelle Mauriac
Podcast
Retrouvez cette interview en format audio dans le cadre des podcasts Télécom Paris Ideas :
Podcast enregistré le 26/3/2026 par Michel Desnoues, Télécom Paris
Une efficacité énergétique en progrès… mais une consommation en hausse
La 5G permet de transmettre davantage de données pour une même quantité d’énergie, ce qui constitue un progrès technique réel par rapport aux générations précédentes. Cependant, cette amélioration masque une réalité plus complexe : la consommation énergétique totale des réseaux continue d’augmenter.
En effet, cette efficacité accrue s’accompagne d’une explosion voulue des usages (vidéos, streaming, objets connectés), d’un renouvellement régulier des équipements et du maintien simultané de précédents standards (3G, 4G, 5G). Ces facteurs combinés limitent, voire annulent, les gains attendus.
Une évaluation environnementale encore très incertaine
Mesurer précisément l’impact écologique de la 5G reste difficile. Les chercheurs manquent de données fiables, car une grande partie des informations nécessaires (consommation des équipements, volume de trafic, composition des infrastructures) est protégée par le secret des affaires.
Même lorsque certaines données sont disponibles, elles sont souvent agrégées ou incomplètes, ce qui introduit des incertitudes importantes dans les analyses.
Un impact réparti sur tout le cycle de vie des réseaux
L’empreinte environnementale de la 5G ne se limite pas à son usage. Elle s’inscrit dans un cycle de vie complet : extraction des ressources, fabrication des équipements, installation, utilisation et fin de vie.
Contrairement à d’autres objets numériques comme les smartphones, où la fabrication domine largement, c’est ici la phase d’usage qui pèse le plus. Cela s’explique par la consommation énergétique continue des infrastructures réseau.
L’effet rebond : le paradoxe du progrès technologique
L’un des concepts clés évoqués est celui de l’effet rebond : plus une technologie devient performante et accessible, plus elle est utilisée.
Avec la 5G, les débits plus élevés encouragent la consommation de contenus plus lourds et le développement de nouveaux usages. Résultat : les économies d’énergie permises par l’efficacité technique sont en grande partie compensées, voire dépassées, par l’augmentation des volumes de données échangées.
Des bénéfices écologiques indirects à relativiser
La 5G est souvent présentée comme un levier pour réduire les émissions dans d’autres secteurs (transport, industrie, agriculture). Pourtant, les chercheurs soulignent que ces bénéfices sont loin d’être garantis.
Dans de nombreux cas, les gains observés sont modestes ou annulés par de nouveaux effets rebond. Par exemple, le développement du numérique a réduit certaines consommations (comme le papier bureautique), mais en a fortement augmenté d’autres (comme les emballages liés au e-commerce).
Ces dynamiques montrent qu’une vision globale est indispensable pour évaluer réellement l’impact environnemental.
