Sciences, mathématiques, mixité
Cédric Villani, mathématicien, membre de l’Académie des Sciences, ancien député, sept. 2026
À l’occasion de sa venue à Télécom Paris pour la conférence « Mathématiques, sciences et égalité : quelle place pour les femmes dans une société plus juste et durable ? », organisée par le pôle Transition sociale et écologique de Télécom Paris, en collaboration avec la Fondation Blaise Pascal, Cédric Villani nous a accordé une interview consacrée à la place des femmes dans la science.

Vidéo Michel Desnoues
Comment lever les obstacles qui éloignent encore les femmes des mathématiques et des carrières scientifiques ? Dans une interview réalisée en amont de sa conférence à Télécom Paris, Cédric Villani appelle à agir sur les préjugés, l’orientation et l’autocensure. À l’occasion de la publication de cette vidéo, ses propos éclairent les démarches engagées par l’École, notamment par son pôle Transition sociale et écologique (TSE).
« Ne vous bridez pas et ne vous sous-estimez pas ». L’invitation de Cédric Villani aux jeunes femmes est directe. Elle s’accompagne d’une exigence collective : faire évoluer les environnements dans lesquels se construisent les ambitions scientifiques. Invité à Télécom Paris, établissement d’enseignement et de recherche scientifique, pour la conférence « Mathématiques, science, égalité » le 14 septembre 2026, le mathématicien interroge les conditions d’une participation plus équitable des femmes aux sciences. L’entretien réalisé avant cette rencontre en expose les principaux enjeux.
Les préjugés ferment les portes de la science
Son constat porte d’abord sur le poids de l’histoire. Pendant des siècles, rappelle-t-il, les sociétés occidentales ferment aux femmes l’accès aux institutions où s’enseignaient et se développaient les mathématiques. À ces interdictions succèdent des obstacles moins visibles : des préjugés qui circulent dans la société et pèsent sur les décisions individuelles. Choisir une spécialité, envisager une classe préparatoire, candidater à une école ou se projeter dans la recherche sont autant de moments où ces représentations peuvent restreindre le champ des possibles.
Cédric Villani insiste sur l’un de leurs effets : « l’intériorisation de la pression qui aboutit à l’autocensure ». Dans son analyse, le doute sur sa propre légitimité peut conduire à renoncer avant même d’avoir essayé. Encourager les jeunes femmes suppose alors de travailler aussi sur les messages qu’elles reçoivent, les modèles auxquels elles peuvent s’identifier et la confiance que leur accordent les institutions.
Les grandes écoles motrices de mixité
Les grandes écoles disposent, à ses yeux, de moyens particulièrement utiles pour agir. Leur taille permet de développer des relations de proximité, un suivi et un accompagnement personnalisé. À condition d’une volonté affirmée à l’échelle de l’établissement, il estime que des évolutions importantes peuvent se produire en quelques années. Son appel porte sur un ensemble cohérent : les formations, les pratiques de recrutement, la communication et les actions conduites avant l’entrée dans l’enseignement supérieur. « Vraiment, un plan complet », résume-t-il.
Cette conviction prolonge des propositions qu’il porte depuis plusieurs années. Lauréat de la médaille Fields en 2010, Cédric Villani a notamment corédigé avec Charles Torossian le rapport 21 mesures pour l’enseignement des mathématiques, remis en février 2018. Sa mesure 19 préconise de former les enseignants et les personnels d’encadrement aux enjeux de l’égalité femmes-hommes en mathématiques, en particulier aux stéréotypes de genre et à leurs effets sur l’orientation et la réussite. La formation des adultes qui accompagne les élèves apparaît ainsi comme une condition du changement. Rapport Villani-Torossian
Les quotas numériques font bouger les lignes
La même année, son rapport Donner un sens à l’intelligence artificielle associait le développement des compétences scientifiques à la féminisation des formations en mathématiques et en informatique, avec un objectif de 40 % de femmes dans les filières du numérique. Cette proposition plaçait la mixité au cœur de la réflexion sur les compétences nécessaires au développement de l’IA. Présentation du rapport sur l’intelligence artificielle
Dans l’interview, Cédric Villani aborde aussi les politiques volontaristes. Il cite les quotas en politique comme un exemple de dispositif ayant contribué, selon lui, à faire évoluer les pratiques malgré les résistances initiales. Son propos invite à examiner les moyens institutionnels capables d’accélérer le changement et à dépasser la seule bonne volonté individuelle.
Une invitation vers des sciences plus mixtes
Cédric Villani donne ainsi une double invitation : aux jeunes femmes, celle d’oser leurs ambitions scientifiques ; aux établissements, celle de rendre ces ambitions possibles, depuis les premiers choix d’orientation jusqu’à la vie professionnelle. Un message à découvrir dans l’entretien de Cédric Villani, et à prolonger dans les pratiques de formation, de recrutement et d’accompagnement.
Et aussi : les initiatives de Télécom Paris en faveur de la diversité
Les dispositifs de diversité et d’inclusion
L’accompagnement se poursuit à d’autres étapes des parcours. Télécom Paris participe aux Cordées de la réussite pour aider des collégiens et lycéens à construire leur orientation et travaille avec le Centre Égalité des Chances de l’Institut Polytechnique de Paris. Parmi les dispositifs présentés par l’École, la bourse de genre soutenue par PwC s’adresse à des étudiantes méritantes engagées en faveur de l’égalité. Ces actions associent ouverture des perspectives, accompagnement et soutien matériel.
Le dispositif Respect Égalité
Créer les conditions de l’égalité implique également d’agir sur la vie du campus. Télécom Paris organise des sensibilisations aux violences sexistes et sexuelles, notamment à travers des dispositifs immersifs et du théâtre forum. Les responsables associatifs bénéficient aussi de formations à la prévention des discriminations. Une cellule d’écoute, créée en 2020 et accessible aux élèves comme aux personnels, complète ces actions. L’enjeu est de permettre à chacune et chacun d’étudier et de travailler dans un environnement respectueux.
Exemples
« Elles bougent en primaire »
À Télécom Paris, agir en amont prend notamment la forme de rencontres avec de jeunes publics. Le 19 mars 2026, l’École a accueilli une classe de 28 élèves de CM1 de l’école Raymond Queneau de Montrouge, dans le cadre de l’initiative « Elles bougent en primaire ». Visite du campus, découverte d’un laboratoire et du Fablab, échanges avec des scientifiques : cette journée visait à rendre les métiers scientifiques et techniques plus concrets et à déconstruire les stéréotypes dès l’enfance. Anne-Laure Lecointre, déléguée à la transition écologique et marraine de l’association Elles bougent, y a partagé son parcours. Christelle Thomas, déléguée Transition sociale, Diversité & Inclusion, inscrit cette démarche dans une volonté d’élargir les horizons et de rendre visibles les modèles féminins.
« TélécommiennesInTech »
Rendre les parcours féminins visibles constitue un autre volet de cette mobilisation. Avec la série « TélécommiennesInTech », l’École a donné la parole à des étudiantes, des enseignantes-chercheuses, une doctorante et une diplômée. Leurs témoignages permettent de découvrir la diversité des trajectoires dans le numérique et les sciences, mais aussi d’aborder l’expérience d’un milieu encore majoritairement masculin. Ils offrent des points d’appui concrets pour se projeter dans ces études et ces métiers.
Une démarche globale
Ces initiatives prennent place dans une démarche plus large de transition sociale et écologique. Le pôle TSE contribue à inscrire ces enjeux dans l’expérience des élèves dès leur arrivée : au 1er semestre 2026, les élèves ont participé à un module Numérique responsable. Le programme de rentrée 2026 prévoyait une journée « climat et diversité ». Les élèves ont également participé à l’atelier 2tonnes, une simulation collective permettant d’explorer les décisions individuelles et collectives qui influencent les trajectoires de réduction des émissions.
À l’échelle de l’École, un comité de pilotage des transitions réunit personnels, enseignants-chercheurs, élèves et alumni pour partager les projets et faire émerger des travaux communs.
